Un style unique né en France en résonnance avec le Rouge Levant
Le thème de la trace, de l’évanescence, se présentait dans la peinture à l'encre, à travers toute l’œuvre de Sunagawa.
L’artiste posait des oppositions subtiles entre l’immobilité et le mouvement, entre l’ombre et la lumière, traduisant ainsi la représentation d’un monde traversé de cadences fortes.
Avec de légères déformations, certaines vibrations de couleurs et des dégradés, il nous entraînait jusqu'aux limites du perceptible.

La structure symétrique de ses œuvres contribue à troubler les perceptions du spectateur et répond aux thèmes du miroir, tout en dépassant le simple usage du verre : l’accent est mis sur la transparence et sur le vide qui se creuse entre les éléments.
La sculpture, traversée par le vide et la lumière, demeure constamment en relation avec l’espace qui l’environne.
La formation scientifique de Sunagawa le rapproche d’une conception de l'art comme science, comme connaissance du réel, telle qu’on la retrouve chez Jesús Rafael Soto.
Mais l’introduction d’éléments naturels réintroduit la notion de désordre : les pierres, soumises à la gravité, renvoient à un espace originaire, d’échelle géologique, celui du chaotique et de l’informe.
Le vocabulaire formel de ce peintre-sculpteur comporte des modélisations géométriques des lois de l’espace physique.
Il met en œuvre un processus régulier, sériel, qui agence tout développement naturel.
Ses œuvres établissent un lien entre formes naturelles, agencement chaotique et la régularité d’une grille de stries.
Les surfaces, les intensités, le poids des différents éléments semblent correspondre à un rythme précis qui définit une véritable articulation de l’espace-temps de l’œuvre.
L’intuition artistique mène donc à une double synthèse : d’un côté les lois de la nature, de l’ordre et du désordre ; de l'autre, la réconciliation de la science et de l'art dans un équilibre fragile mais lumineux.

La mémoire de Kazu, président du Rouge Levant
J'ai eu le plaisir de côtoyer Haruhiko depuis mon enfance jusqu'à son décès en 2022.
Artiste contemporain de mon père Rikizo, il partageait avec lui une amitié profonde et sincère, scellée par une exposition commune intitulée Deux Univers en Résonance, présentée sur la place du Panthéon à Paris en 2019.
Lors du vernissage, comme au fil de mes visites, j’ai été émerveillé par la résonance de leurs créations, de leurs parcours et de leurs sensibilités.
L’harmonie de ce dialogue artistique entre Haruhiko et mon père Rikizo m’avait profondément marqué.
Je me souviens être resté longuement fasciné par la puissance silencieuse qui se dégageait de son oeuvre intitulée Vers le vide 13-BN VI.

Après son décès, une vente d’atelier fut organisée le 23 octobre 2023 par Drouot.
Je me suis rendu aux expositions publiques précédant cette vente, afin d’admirer une dernière fois ses œuvres rassemblées avant leur dispersion dans le monde.
Ce qui marquait la fin d’une carrière artistique riche à tous égards.
Le jour J, au fil des enchères, j’ai assisté impuissant à l’achat de certaines pièces par des spéculateurs, souvent pour des valeurs dérisoires.
Ma stupéfaction fut immense lorsque réapparut cette sculpture qui m’avait tant intrigué quatre ans auparavant, lors de ma première rencontre avec elle.
Cette technique mixte en pierre (béton moulé), verre et acrylique sur contreplaqué est datée de novembre 2013.
J’ai eu l’honneur de pouvoir en faire l’acquisition pour une somme modique, inaugurant ainsi ma collection personnelle.
C’était la première fois que j’assistais à une mise aux enchères ; j’avais attendu ce jour toute ma vie.

Lorsque je l’ai installée à mon domicile, côte à côte avec un tableau de Rikizo, un profond sentiment de contentement a envahi mon cœur.
Comme si, à travers mes choix, mes efforts et mes sacrifices, je réalisais quelque chose qui dépassait ma simple condition humaine.
Animé d’une conviction au-delà de la logique de survie, portée seulement par l’amour, l’instinct et l’intuition bienveillante, j’ai réussi à réunir l’intime création de Haruhiko avec celle de Rikizo.
Leur œuvres, à nouveau en résonance, continuent à dialoguer entre elles dans un environnement qui dépasse le seul cadre spatio-temporel.
Cette démarche fait partie intégrante de la philosophie du Rouge Levant.

Aujourd’hui, j’écris cet article à mon bureau, le dos tourné à cette sculpture et, à ma gauche, une toile monumentale de Rikizo éclaire la pièce.
Encore aujourd’hui, je ressens le souffle de Haruhiko Sunagawa : il continue de m’insuffler ce supplément d’âme, cette inspiration mystérieuse, peut-être venue d’ailleurs, qui demeure la source secrète de mon bonheur.
Une origine génétique japonaise partagée avec Rikizo et Kazu
La recherche de simplicité et de pureté des formes, des couleurs, l’emploi du blanc, l’importance du vide, la symbolique de l’élément naturel : tout cela relie Sunagawa à une esthétique profondément japonaise.
Cette origine, longtemps en creux dans son œuvre, resurgit avec force dans les années 1990, lorsqu’il se tourne vers la tradition de son pays natal.
On y retrouve certains traits propres aux jardins japonais : économie de moyens, jeux d’alternances, usage de l’asymétrie.
Les modulations empruntées à l’art japonais, la symétrie subtile des alternances, l’emploi du papier ou encore les motifs rayés des kimonos trouvent un écho particulier avec l’essence de l’art de Rikizo.
Ces deux artistes, par-delà leurs singularités, se rejoignent dans une même quête : celle de la beauté née du vide, du rythme et de la lumière.

Il figure aujourd'hui dans plusieurs musées et institutions dont le CAC à Lyon, le FNAC de Paris, la Fondation Balenciaga, et dans des collections privées du monde entier.
La galerie Denise René à Paris et la galerie Simoncini à Luxembourg ont organisé de nombreuses expositions pour diffuser son oeuvre.
Du fond du coeur, je te remercie Haruhiko pour ton existence et tes créations qui continuent de résoner dans chaque sourire que j'esquisse. Kazu







