
En 2022, Rikizo et son fils Kazu s’associent pour explorer un nouveau territoire de création : celui du numérique.
Ensemble, ils conçoivent des œuvres originales dérivées des tableaux rouge et noir du peintre, transposant son langage pictural dans l’espace immatériel du digital.


L’essor des technologies blockchain et la montée en puissance des NFT (Non Fungible Tokens) ont rendu possible l’authentification d’œuvres numériques uniques.
C’est dans ce contexte que s’ouvre un nouveau chapitre : pour la première fois, Kazu s’immerge sans limite dans l’univers artistique de son père.

De ce dialogue intime entre père et fils nait 2 œuvres hybrides, à la fois ancrées dans l'essence picturale et ouvertes aux potentialités du monde numérique : Kishōtenketsu et The Loop.
Leur résonance profonde marque l’amorce d’une passerelle entre passé et futur, matérialisée par la naissance de ce site.
En 2019, Rikizo s’associe au peintre-sculpteur Haruhiko Sunagawa (1946–2022), avec qui il partage une amitié profonde, tissée au fil des décennies.
Ils exposent ensemble dans la salle des fêtes de la mairie du Ve arrondissement de Paris, située sur la place du Panthéon.

Tous deux figures majeures de l’abstraction japonaise contemporaine, Rikizo et Sunagawa incarnent deux sensibilités distinctes, enracinées dans un héritage traditionnel japonais commun.
Pourtant, malgré leurs différences formelles, leurs œuvres entrent en résonance : une conversation silencieuse s’installe entre leurs créations.
L’exposition révèle une complémentarité inattendue, reflet d’un parcours parallèle dont Paris, une fois encore, fut le point de rencontre essentiel.

Rikizo compose pour l’occasion une installation monumentale réunissant 48 toiles carrées de 36 × 36 cm, alignées en quatre rangées de douze tableaux.
C’est la première fois qu’il explore cette forme de modularité visuelle, où chaque œuvre garde son autonomie tout en s’intégrant harmonieusement à un tout.
La logique d’assemblage y devient un langage : celui de la répétition signifiante, du rythme et de l’équilibre.
Cette composition picturale novatrice, empreinte d’impermanence, incarne la fragilité du lien entre mémoire et présence.

C’est à partir de cette démarche que notre réflexion prend forme. Notre dialogue nous conduit à repenser la notion même d’œuvre d’art :
Une composition doit-elle se figer pour devenir un ensemble indivisible, destiné à rester solidaire et intact ?
Ou bien chaque toile, chaque fragment, peut-il vivre sa propre vie, avec son autonomie de sens ?

L'émergence de la technologie NFT nous a offert une réponse ouverte.
Nous avons conçu des compositions numériques uniques : des œuvres hybrides, nées d’un dialogue entre peinture et technologie, tradition et modernité.
Nous avons choisi de faire appel à la technologie suisse Artmyn, un scanner d’avant-garde, choisi notamment par Pierre Soulages pour immortaliser ses Outrenoirs, et qui capte plus de 2 milliards de pixels par image.
Chaque scan a ensuite été retravaillé par Kazu, tant dans ses couleurs que dans sa disposition, pour engendrer de nouvelles œuvres à la fois plus abstraites et plus conceptuelles : des métamorphoses numériques, nées de la matière mais projetées dans l’espace du digital.
Ce travail s’est fait dans un dialogue aux résonances transcendentales avec Rikizo, Kazu s’est pour la première fois de sa vie, pleinement immergé dans la profondeur du geste de son père, là où le Rouge Levant a vu le jour.
Les Non-Fungible Tokens (NFT) sont des objets numériques uniques inscrits sur une blockchain.
Véritables sceaux cryptographiques, ils permettent d’authentifier des titres de propriété pour des biens immatériels : œuvres d’art, vidéos, musiques, objets virtuels…

Dans un univers virtuel où tout peut être copié d’un simple clic, le NFT rétablit la notion d’unicité et de traçabilité.
La blockchain, ou « chaîne de blocs », est un registre numérique décentralisé et infalsifiable qui stocke l’ensemble des transactions de manière transparente.

Chaque nouvelle entrée, une fois validée, est ajoutée à une séquence de blocs, formant un historique consultable par tous, mais modifiable par aucun.
Elle devient le tiers de confiance technologique garant du respect par tous ses utilisateurs des principes d’intégrité du système.

Une œuvre physique digitalisée ne devrait pas se réduire à la simple reproduction de l’objet.
Une œuvre numérique authentique ne duplique pas : elle prolonge, amplifie et transforme.
À partir d’un tableau physique, l'ambition de Kazu est de créer une œuvre dérivée, née d’un processus créatif distinct, mais enraciné dans la même matrice.
Il ne s’agit pas de copier, mais de recomposer une présence dans un autre espace.

C’est au cœur du bouleversement provoqué par la pandémie de Covid-19 que s’est ouvert cette nouvelle voie.
Alors que le monde se figeait, que les voyages s’annulaient, et que le projet de documentaire de voyages de Kazu, entamé six mois plus tôt, avortait brutalement, une autre idée prenait forme.
Porté par une crise existentielle profonde et l’émergence fulgurante du phénomène NFT, il a choisi de plonger dans cette révolution technologique.

Comprendre consiste souvent à déconstruire pour reconstruire.
De cette logique est née ART’N’NFT, une société pensée pour relier art contemporain et innovations numériques, pour explorer un champ d’expression libre, sans galerie ni frontière.
Dès notre naissance, nous entrons dans un monde déjà structuré : des conditions nous guident et nous contraignent.
Parmi elles, une nous apprend à exposer, développer, justifier et conclure dans cet ordre.
Cette construction linéaire et logique enseignée à l’école, est reprise par les médias et diffusé par l’art.
Ce schéma est universel, et au Japon il porte le nom de Kishôtenketsu.

起 Ki – L’introduction, où l’univers est posé.
承 Shô – Le développement, qui en approfondit les lignes.
転 Ten – Le revirement, qui déstabilise la perspective.
結 Ketsu – La conclusion, qui réunit ou libère.

Des Contes des Mille et Une Nuits à Harry Potter, de Clair Obscur Expedition 33 à Martin Garrix, ce rythme à quatre temps traverse notre imaginaire collectif.
Rikizo, lui, ne s’y enferme pas : il l’interroge, le détourne, le réinvente.
Dans sa quête constante d’équilibre, Rikizo s’interroge toujours :
« Comment atteindre l’ordre parfait ? »

Cette recherche le mène naturellement à méditer sur la notion de relativité.
La perception, est-elle la même selon qu’on lit de droite à gauche – comme le veut la tradition japonaise – ou de gauche à droite, à l’occidentale ?
La fin d’un projet est-elle vraiment une fin, ou le début d’un autre ?
C’est à partir de ces interrogations qu’est né le processus créatif ayant abouti à Kishotenketsu.

Rikizo a sélectionné 16 toiles, disposées avec précision pour former une structure narrative en quatre-temps.
Cependant, cette lecture n’est pas figée.
Selon les 12 points de départ, l’œil peut choisir sa trajectoire selon 3 axes : horizontale, verticale et diagonale.
Ces 20 chemins de lecture nous questionnent :
Où commence notre histoire ?
Quand finit-elle ?
Quelle place occupe l’observateur dans ce mouvement ?

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise direction, seulement la sienne.
Accueillir les perceptions divergentes, laisser parler son regard intérieur, c’est déjà répondre aux conditions initiales.
Si son art peut faire l’objet de 1000 interprétations, Rikizo insiste sur un point essentiel :
« C’est au spectateur de trouver sa propre voie. »

Kishotenketsu a initié chez Kazu une période de 4 années à l'issue de laquelle il a pleinement pris conscience de son héritage japonais.
Tout comme pour son père Rikizo, qui a interrompu sa carrière de 1992 à 1995, 30 ans plus tard Kazu est enfin parvenu à éveiller son Rouge Levant.
Cette oeuvre numérique représente donc le cycle du Rouge Levant.
L’impermanence est l’une des constantes les plus subtiles dans l’œuvre de Rikizo.
Ses couleurs, ses formes et ses nuances, semblent naître dans un souffle d’intuition et se dissoudre dans une chorégraphie imprévisible.

Tout au long de sa carrière, Rikizo a produit plus de 400 sérigraphies originales, qu’il a regroupées en trois grandes périodes de création.
La première, celle de 1972 à 1978, fut décrite par l’artiste comme une décennie de quête esthétique passionnée :
« En quête constante de la véritable essence de mon art, j’ai puisé dans d’innombrables sources d’inspiration dans le but d’expérimenter autour du concept de la beauté. »


Entre 1975 et 1983, Rikizo partage son temps entre la création artistique et son métier d’ingénieur en programmation informatique.
Sans cette immersion précoce dans l’univers numérique, le Rouge Levant n’aurait sans doute jamais vu le jour.
Avec The Loop, une boucle se referme : le langage binaire autrefois exploré comme outil technique devient aujourd’hui la matrice créative d’un renouvellement artistique, en dialogue avec son fils Kazu.

L’œuvre rend hommage à cette période fondatrice, en réintroduisant certaines couleurs délaissées au fil du temps : argent, bleu, vert et violet.
Ces teintes accompagnaient harmonieusement les premiers balbutiements du Rouge Levant.
Dans nos vies, nous initions souvent des pensées, des projets ou des actions sans comprendre leur origine ni leur finalité.
Nous pouvons chercher à comprendre à l’infini.
Mais une seule chose demeure certaine : l’intention initiale de l’auteur.
Et dans le cas de Rikizo, ce qui me touche le plus profondément, en tant que fils, c’est son humilité.

Après plus d’un demi-siècle de carrière, Rikizo continue d’affirmer qu’il ne sait toujours pas ce qu’est l’art, ni ce qu’est un artiste.
Il poursuit sa recherche, sans jamais cesser de douter.
Il explore, il interroge.
Et c’est cette sincérité radicale, cette fidélité à son essence, qui habite chacune de ses œuvres.

THE LOOP est une spirale.
Elle semble nous aspirer silencieusement vers son noyau indéfini.
Le sens, parfois, ne se révèle qu’avec le recul, dans un contexte particulier, à un moment inattendu.
Elle souligne la dualité de chaque point : début et fin s’y confondent.
On peut alors réaliser que tout ce cheminement n’existait que pour ce moment précis.
The Loop attire le regard vers un centre qui semble toujours se dérober.
Cet horizon fuyant, métaphore de la quête identitaire et existentielle, est décliné en cinq variations chromatiques, chacune associée à une dimension particulière de l’être.
Chaque version invite à une immersion méditative au cœur de la métaphysique du Rouge Levant.
La complémentarité de ces 5 œuvres suggère une quête d’harmonie intérieure, fondée sur l’unification des tensions et des polarités.
Au cœur de chaque LOOP est nichée Kishotenketsu, ultime étape vers la singularité.
Cet horizon qui se distingue symbolise le parcours singulier à chaque individu, pour atteindre son identité propre, à même de manifester une paix intérieure véritable.
Décliné en 5 couleurs qui incarnent les cinq agrégats, THE LOOP permet de représenter les différents composés de notre être à unifier successivement pour manifester une paix intérieure authentique, reflet d'une Unité Primordiale retrouvée.
En proposant une matrice à l'image du mandala bouddhique, chaque variation permet au spectateur de rentrer en résonance avec une partie de soi-même.
Le monde qui nous constitue est le reflet du monde qui nous entoure.

Il est à l'image :
- de la Terre à travers notre système musculo-squelettique,
- du Feu à travers notre système digestif,
- de l'Eau à travers notre appareil cardiovasculaire,
- de l'Air à travers notre système respiratoire,
- et enfin de l'Ether à travers notre système nerveux.
C'est lorsque le corps et l'esprit tout entier s'unifient que nous parvenons à restaurer au sein-même de notre être une paix intérieure primordiale.

Au bout d'une période autant douloureuse qu'enrichissante, Rikizo a réconcilié son coeur japonais avec son être entre 1992 et 1995, et Kazu entre 2022 et 2025.
Ils sont parvenus à une expression pure et harmonieuse de cette Essence Universelle à travers leurs oeuvres qui portent la lumière du Rouge Levant.
En 2026, THE LOOP naît à l'issue de cette période fondatrice.

Quand débute la création artistique ?
La boucle ne se referme-t-elle pas là où le premier point a été posé ?
Dans une temporalité non linéaire, inscrite dans l’infini.
La destination est toujours conforme à l'origine.
La route est intérieure.
« Rikizo n’est pas seulement un artiste, il est mon père.
Mon irremplaçable père, pour qui j’éprouve un respect infini, un amour profond, et une admiration sans limite.
Depuis l’enfance, j’ai grandi dans l’ombre lumineuse de ses toiles.
Aussi loin que remonte ma mémoire, elles m’ont toujours entouré.
Leurs présences silencieuses et vibrantes m’ont façonné.
Un monde sans ses œuvres est pour moi un monde vide, sans résonance.
Mon existence elle-même est, d’une certaine manière, le prolongement de son geste artistique.
Chacun de ses tableaux porte en lui un fragment de son âme : ils sont tels des témoins silencieux, des morceaux de vie cristallisés dans la matière.
Je les regarde avec tendresse, non seulement pour leur beauté plastique, mais parce qu’elles incarnent quelque chose d’Intime, d'Unique, d’Universel. »